Ovni de la planète financière, le bitcoin se présente comme un moyen de paiement alternatif sur lequel les États n’ont aucune prise. Découvrons ensemble ce qui se cache derrière ce nom !

PRÉSENTATION

Ce qui frappe lorsqu’on entend parler du bitcoin, c’est la très forte hausse de sa valeur en 2017 : + 1 318% ! Forcément, ça donne envie de prendre l’autoroute de la spéculation (observer le prix d’un produit, en achetant quand le prix est bas et en revendant quand il est haut, de manière à faire un profit), dans l’espoir de devenir richissime en une poignée de semaines. Mais, au-delà de son aspect spéculatif, à quoi sert réellement cette nouvelle monnaie ? C’est souvent là que les choses se corsent… Le bitcoin est une monnaie virtuelle dont l’unique fonction est de réaliser des paiements en ligne, sans intermédiaire. Ni plus, ni moins. Son incroyable croissance a tendance à faire oublier cet aspect fondamental.

Cours du Bitcoin entre 2011 et 2018

Le bitcoin n’a aucune existence physique et ne dépend d’aucune banque centrale (banque dirigée par un état). On ne peut pas l’éteindre : son système est basé sur un réseau, la “blockchain”, alimenté par une dizaine de milliers d’ordinateurs à travers la planète. Il faut la voir comme un livre de compte géant et réputé inviolable, dans lequel est répertorié l’historique de toutes les transactions. On connaît peu de choses du créateur du bitcoin, le très mystérieux Satoshi Nakamoto. Son existence se résume à quelques traces sur Internet. Il n’existe pas de photos de lui et il est fort probable que son nom soit un pseudonyme.

NÉ APRÈS LA CRISE FINANCIÈRE

Satoshi Nakamoto a principalement travaillé le bitcoin à la fin 2008, peu avant la crise financière de 2009. De nombreux spécialistes considèrent ce projet comme une manière de s’affranchir des banques et des États, dont la responsabilité dans la crise était alors mise en cause. Mais Satoshi Nakamoto n’a jamais confirmé ces allégations. Évoquant dans ses écrits l’origine du bitcoin, il se contente de pointer les insuffisances techniques de l’époque. Son ambition est alors de développer un système alternatif plus efficace. Le mathématicien part de l’idée que nous sommes contraints, pour garantir nos transactions, d’avoir recours à des institutions financières. Cette situation provoque, selon lui, des frais trop importants. “Ce dont nous avons besoin, écrit Nakamoto, c’est d’un système de paiement électronique basé sur des preuves cryptographiques, qui permettrait à deux parties qui le souhaitent de réaliser des transactions directement entre elles sans avoir recours à un tiers de confiance.” Ainsi est né le bitcoin.

La confiance à laquelle Nakamoto tient tant est garantie par les “mineurs”. Le terme désigne les personnes qui mettent à profit la puissance de calcul de leurs ordinateurs surpuissants pour valider les transactions. C’est cette “preuve de travail” qui rend la blockchain infalsifiable. La pirater imposerait de fournir plus de la moitié de la puissance de tous les mineurs. Difficile d’évaluer le coût d’une telle opération, mais cela paraît compliqué d’imaginer un individu dépenser une fortune gigantesque pour pirater un système qui s’écroulerait dans la seconde… et dont il ne pourrait ainsi plus profiter.

Le protocole est conçu pour ne pas dépasser le seuil de 21 millions de bitcoins en circulation (en comparaison, 15 milliards de billets de 50 euros sont en circulation). C’est peu et beaucoup à la fois, car un bitcoin peut être fractionné jusqu’à 100 millions de fois. Les mineurs s’occupent également de la création monétaire : une équation mathématique complexe leur est soumise toutes les dix minutes et la machine la plus rapide reçoit le bitcoin qu’elle a “minée”. Ainsi, la dernière unité sera produite vers 2140. Les mineurs se rémunèrent aussi avec les frais de transaction (les “preuves de travail”, vues plus haut), dont le montant varie selon l’engorgement du réseau (de quelques centimes à une plusieurs dizaine d’euros).

DES CHIFFRES ET DES LETTRES

Selon ses partisans, le protocole du bitcoin confère à cette cryptomonnaie un statut d’or numérique : en se libérant des banques centrales (qui créent de l’argent, impriment des billets pour les Etats), elle peut être assimilée à une valeur refuge. Une valeur refuge est un investissement, une matière, vous permettant de sécuriser votre patrimoine malgré les périodes de crises financières, comme l’immobilier ou l’or, car sa valeur n’est pas modifiée par les banques. N’allez pas pour autant investir vos économies en pensant les protéger des crises économiques ! N’étant soumis à aucune régulation, le bitcoin génère une forte spéculation. À des hausses phénoménales succèdent régulièrement des chutes importantes. Rien qu’en décembre 2017, le cours (le prix, la valeur) du bitcoin est passé de 8.500 euros à plus de 16.000 euros en deux semaines. Bien mal en a pris aux investisseurs alléchés par ce record : la valeur du bitcoin a chuté de 40% quelques jours après et sans raison objective !

D’accord, direz-vous. Mais être propriétaire de bitcoins, cela se représente comment ? Tout simplement par une suite de chiffres et de lettres qui constitue une “clé virtuelle”. Elle est unique et ne doit jamais être communiquée. Toute personne qui la détient peut l’utiliser et dépenser vos bitcoins. Il faut donc la mettre en lieu sûr à l’abri du vol de données. Quand vous réalisez une transaction sur le réseau, elle génère une autre clé, plus rudimentaire, qui agira comme votre signature sur la blockchain. Contrairement aux idées reçues, le bitcoin n’est pas anonyme : toutes les transactions sont librement consultables sur le réseau et un spécialiste pourra rapidement vous identifier si vous vous êtes montré actif. En cliquant sur votre clé, on trouve en effet toutes sortes d’informations intéressantes : le montant de vos transactions, les destinataires des fonds…

UN IMPACT ÉCOLOGIQUE CONSÉQUENT

Or, le succès sans précédent du bitcoin s’accompagne aussi d’un très grand impact écologique. Quand cette monnaie n’était pas très connue, peu d’ordinateurs essayaient de “miner” du bitcoin, et il était donc facile pour un ordinateur seul d’obtenir la quantité de bitcoin mise à disposition au “minage” (12,5 bitcoins environ en 2018, cela diminue tous les 4 ans). Mais dorénavant, au vu de la valeur du bitcoin, de plus en plus de machines essayent d’en “miner”. Ces machines peuvent être, pour plus de la moitié d’entre elles, dans des data-centers chinois ultra-énergivores, selon une étude de l’université de Cambridge, qui décrit « une course à l’armement entre les mineurs pour utiliser les sources d’énergie les moins chers et les équipements les plus efficaces (pour être le premier à “miner” le bitcoin), afin que les installations restent rentables (pour ne pas que le coût de “minage” ne soit pas supérieur à la valeur des bitcoins obtenus).”

Toutes ces machines en compétition pour miner du bitcoin demandent donc une quantité folle d’énergie, qui doit être bien sûr la moins chère possible. Ainsi, la crypto-monnaie tourne en partie à l’énergie fossile, car la Chine tire 60% de son électricité de centrales au charbon ou au pétrole.

Un gouffre énergétique d’autant plus critiquable que le bitcoin ne présente presque aucun intérêt public majeur en retour. En effet, près de 100 000 sites internet l’acceptent mais son usage en tant que monnaie reste infime. En France, seules quelques rares boutiques et sites l’acceptent comme moyen de paiement. Et même si l’usage se démocratisait, un paiement en bitcoin est près de 4 000 fois plus énergivore qu’une carte de crédit selon les calculs (pourtant optimistes) de Motherboard.

Consommation énergétique du Bitcoin (janvier 2018)

Les calculs sont le fruit du jeune analyste Alex de Vries, fondateur de Digiconomist. Selon son index, le bitcoin équivaut actuellement à 8,6 % de la consommation énergétique française (ces chiffres datent de début 2018). Il a déjà dépassé 136 pays dont l’Islande, le Danemark ou le Qatar. À ce rythme, la crypto-monnaie pourrait utiliser d’ici plusieurs années autant d’électricité que la planète entière. En 2018, chaque transaction en bitcoin (environ 300 000 par jour) pourrait alimenter 25 foyers français une journée.

LE BITCOIN AU QUOTIDIEN

Tous ces aspects financiers ou d’investissement nous paraissent très éloignés, mais le bitcoin peut aussi être utilisé au niveau local ! De nombreuses boutiques ou sites autorisent les achats en Bitcoin. Principalement, Amazon autorise les versements en Bitcoin, mais cela est aussi possible chez Microsoft ou ShowroomPrive. Pour retrouver la liste, vous pouvez allez sur ce site, qui référencie plusieurs commerces ou sites permettant des achats en Bitcoin.

POUR QUELQUES BITCOINS DE PLUS

Toutes ces caractéristiques sont-elles susceptibles d’évoluer dans le temps ? Oui, c’est une possibilité. Le bitcoin est conçu en open source, c’est-à-dire que n’importe qui peut, à tout moment, en proposer une modification. On peut donc imaginer qu’il y ait un jour plus de 21 millions de bitcoins en circulation ou qu’il lui soit attribué d’autres fonctions que le simple paiement (rajouter des conditions à celui-ci, par exemple). Mais la cryptomonnaie est développée par une communauté hétérogène réunissant des informaticiens, les grandes entreprises du secteur et les utilisateurs. Pour que des changements soient validés, il faut qu’ils soient acceptés par la majorité des participants du réseau. Et, au final, chacun reste libre d’adopter les modifications en mettant son logiciel à jour. Ou pas…

Ainsi, plusieurs fois déjà depuis le lancement du bitcoin, une partie minoritaire de la communauté a choisi de créer une branche concurrente : le bitcoin cash (août 2017) et le bitcoin gold (octobre 2017) sont nés de ces divergences. Ces séparations risquent d’être de plus en plus fréquentes : le bitcoin est condamné à évoluer pour faire face au nombre en constante augmentation de ses utilisateurs et des transactions. Comme la ruée vers l’or au XIXe siècle, les vagues spéculatives autour de la cryptomonnaie ne pourraient être que le début, mouvementé, d’une longue histoire…

Source : Capital, Les Inrocks

Catégories : Culture – Par le Staff

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