Notre série d’interviews « Métiers du futur » continue ! Cette fois-ci c’est le tour de Ludovico G., ingénieur logiciel chez Google. Les élèves du Staff ont interviewé Ludovico à travers Hangouts, en découvrant ainsi les coulisses de ce métier. Bonne lecture !

Intitulé de votre poste : Ingénieur logiciel (ou Software Engineer)

En quoi cela consiste ?

Mon métier consiste à développer des logiciels qui contribuent au fonctionnement des services de YouTube. “Développer” ne signifie pas uniquement “écrire du code” : c’est un processus beaucoup plus complexe dont font partie la conception, la construction, la mise au point et testing, la maintenance, l’intégration avec d’autres logiciels ou services, la documentation. Toutes ces activités doivent aussi tenir en compte du fait qu’il s’agit d’un système à très grande échelle.

S’agit-il d’un métier qui existait déjà et qui a évolué avec l’arrivée du numérique ? / S’agit-il d’un métier qui n’existait pas avant, et qui existe depuis l’arrivée du numérique ?

À proprement parler, les logiciels n’existaient pas avant le “numérique”. Mais si nous parlons de “culture numérique” ou “révolution numérique”, ou de la diffusion et de la pervasivité de l’accès à Internet et des dispositifs mobiles, oui : le développement de logiciel existe depuis beaucoup plus de temps. À la limite, on pourrait dire qu’un logiciel avait déjà été écrit en 1843 par Ada Lovelace pour un “ordinateur” mécanique conçu par Charles Babbage.

Si l’on laisse de côté l’histoire de l’informatique, un gros changement s’est produit avec la diffusion des services Internet. Avant ça, les logiciels étaient vendus dans des boîtes en carton : pour les mettre à jour il fallait acheter une autre boite en carton avec la nouvelle version. Aujourd’hui il y a une quantité énorme de logiciels (dont ceux pour lesquels je travaille) qui peuvent être mises à jour plusieurs fois par jour sans que l’utilisateur puisse s’en rendre compte. En conséquence, nous avons un peu perdu la notion de “produit fini” et le développement de logiciels est maintenant une activité beaucoup plus incrémentale.

Votre métier est-il répandu ?

C’est un métier qui à évolué très rapidement, il y a des gens qui ont dix, quinze, vingt ans de plus que moi, il y a eu surement beaucoup d’ingénieurs avant moi, mais dont l’intitulé du métier n’était pas le même. On peut avoir un nouveau langage de programmation en fonction de la mode. Il faut s’adapter. C’est des choses que l’on savait déjà faire dans les années soixante. C’est un peu comme piloter un avion. Cela a beaucoup changé, mais la base est la même.

Quel est la plus-value du numérique dans ce métier ?

Personnellement, mon employeur n’existerait pas sans le numérique. 🙂 Plus sérieusement : il y a quelques années, la plupart des logiciels étaient utilisés sur des ordinateurs de bureau ou des mainframes*. Aujourd’hui, il y en a partout : dans une ampoule, un réfrigérateur, un téléphone portable, une voiture, un gros data center. En conséquence il y a une plus large gamme de problèmes, de techniques et de possibilités pour un ingénieur logiciel.

*Ordinateurs centraux de grande puissance

Qu’est-ce que vous aimez dans ce métier ? Qu’est-ce que vous n’aimez pas ?

Développer un logiciel signifie prendre une idée, qui peut être simple ou très complexe, et essayer de trouver la meilleure façon de la décrire dans un langage qui est, au même temps, très rigide (il ne doit pas être ambigu) et très flexible (il permet de décrire une infinité d’idées). Dans mon métier j’aime pouvoir créer quelque chose et voir qu’elle “fonctionne” grâce au fait que j’ai compris une idée suffisamment bien pour pouvoir l’expliquer à une machine.

Plus spécifiquement, dans mon emploi actuel, j’aime la possibilité de créer des logiciels pour des systèmes à très grande échelle parce qu’il y a pleins de problèmes très intéressants à résoudre. En plus, je peux le faire dans un environnement très agréable et avec des collègues en qui j’ai confiance.

Ce que je n’aime pas ? Il y a deux tâches fondamentales, mais pas tout à fait passionnants : le testing et la documentation. Le premier est important pour s’assurer qu’un logiciel fait ce que l’on pense ; le deuxième parce que ce le code que j’écris sera modifié et utilisé un jour par d’autre personnes (et par moi même, et j’aurai tout oublié).

Quelle est votre formation ?

J’ai un master en informatique. J’ai commencé à utiliser un ordinateur quand j’avais 9 ans : j’ai passé beaucoup (trop?) de temps à essayer de comprendre comment il fonctionnait et comment lui faire faire ce que je voulais.

Il faut parler combien de langues pour faire ce métier ?

Chez Google, il faut au moins parler anglais et ça suffit. Mais dans d’autres entreprises, il faut parfois savoir parler plusieurs langues (le plus souvent la langue de l’entreprise). Il faut savoir lire l’anglais, car il y a beaucoup d’informations et de  documentation en anglais.

Quels sont les conditions pour travailler chez Google ?

Il y a plusieurs entretiens, ils sont de plus en plus rapides.

Il y a une présélection sur CV chaque jours. Pour être ingénieur, il y a deux entretiens téléphoniques et cinq entretiens en bureaux. Il y a des questions techniques (algo..) par rapport au travail attendu et aux capacités recherchées.

Comment imaginez-vous ce métier dans 10 ans ?

Ce n’est pas facile à dire. Pour mettre les choses en perspective, il y a 10 ans (en 2007) il n’y avait presque pas de smartphones (c’était l’année de l’annonce de Android 1.0 et du premier iPhone).

Je ne peux pas faire des pronostics. Mais je pense que ça sera très intéressant. 🙂

Comment cette expérience professionnelle influence votre regard sur la société aujourd’hui ?

En tant qu’ingénieur logiciel, mon travail n’a pas vraiment plus d’interaction avec la société que le reste de ma vie personnelle. En tant qu’ingénieur logiciel qui travaille chez YouTube, je me suis rendu compte de combien d’intérêts abstrus — mais pas moins digne de respect — existent dans le monde (et combien de vidéos sur ces sujets).

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se forment aujourd’hui pour accéder à des métiers dans le domaine du numérique ?

J’ai un t-shirt qui dit “L’intérieur des choses est magnifique — Voyons à quoi il ressemble — Démontons-les”. Mon conseil est d’essayer de comprendre comment fonctionnent les systèmes, les outils, tout ce qu’un ingénieur logiciel utilise dans son travail (et en dehors), sans s’arrêter aux boutons sur la surface ou une recherche et un copier-coller sur un site de questions-réponses pour développeurs.

Est ce que tu as eu des moments de stress dû à un bug soudain ou à une dead-line (date limite) trop courte ?

Si tout le monde travaille, ça n’arrive pas mais ça peut arriver qu’il y ait des problèmes. Il y a un service qui s’occupe de ces problèmes mais ils sont réglés très rapidement. À chaque moment ils peuvent être sollicités pour résoudre un bug. Le stress n’est pas vraiment très présent mais il arrive qu’il faille se réveiller à trois heures de la nuit parce que rien ne fonctionne plus.


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